mardi, août 29, 2006

Et voilà...

dessin d.m.




Dans les remous de courants contraires, des vies se sont croisées, mélangées, déchirées, brisées. Peut-être le promeneur, au bord du fleuve fou, aura t-il déposé dans la mémoire de son coeur quelques poussières évaporées de mots d'amour, de regards tendres, de désirs inassouvis, d' égoïsme assassin, de larmes désespérées. C'est le goût du soleil, c'est le goût du sang, c'est le goût de la vie.

A lire dans le tiroir "Théâtre de l' Hombre" la dernière scène de "Trois P'tits Coquelicots".

lundi, août 28, 2006

Le Grand Tourniquet des Piliers du Temple





de Page en Page....

page 1 PRESENTATION

page 2 PLUME

page 3 AU TROU, LES ARCHEO-NATURALISTES

page 4 CHAÎNON MANQUANT...

page 5 LE PRIX DU PARADIS...

page 6 AILLEURS, C'EST ICI

page 7 A PART CA, CA VA...

page 8 EN REVENANT DE CHEZ CAMILLE

page 9 PERSONNE NE FERA DE MOI UNE...

page 10 DE LA "NORMALITE" DE NOTRE CIVILISATION

page 11 PAS D'INGERENCE DANS LE TROUPEAU DU VOISIN

page 12 LA "LETTRE" DES "ARCHOZOÏSTES" OBLIGATOIRE...*

page 13 VILLE-LUMIERES. NOËL J-2

page 14 Désincarcérer le DROIT DE DIRE, encore et toujours.

page 15 Les "Refaiseurs de Monde" qui ne savent pas ce qu'ils sont...

page 16 Eva Joly a raison: Rendez-nous notre Révolution Française

page 17 "Pinocchio le Petit" et le muguet qui pue...

Si on jouait au "Tourniquet..."

"cogitations" image d.m.



La constante qui me dérange et m’étonne le plus dans ce qu’on me dit et ce que je vois de la société, c’est le sentiment de « normalité » qui englobe toute activité humaine. Tous les phénomènes sociaux auxquels nous sommes soumis paraissent couler de source comme l’eau qu’on boit à même le goulot d’une bouteille en plastique ou l’air qu’on respire saturé de centaines de particules plus sympathiques les unes que les autres . Comme si la société humaine ne pouvait évidemment être que « ça ».
Au jour le jour et à longueur de vie, nous accomplissons des rites sociétaux qui paraissent naturels comme au chien de lever la patte pour pisser ou au chat de faire mumuse avec la tite souris.

Hormis quelques tribus inconnues ayant par miracle échappé au « bétonnage » des mœurs mondialisées et quelques uluberlus écolos tenus à l’œil par les forces vigilantes de la normalité et boycottés par les médias naturellement intégrés, qui se permet, ne serait- ce qu’en rêves, de remettre en cause un certain nombre de piliers du temple de la civilisation ? L’idée ne nous vient même pas à l’esprit parce que celle-ci semble naturelle, normale, comme pré-écrite de toute éternité.

Je pose sur la table quelques-unes de ces « évidences » de fonctionnement d’une « société normale » pour les soumettre un peu à la réflexion de qui a envie de jouer entre nous au « Grand Tourniquet des Piliers du Temple ».

En vrac :

- On ne peut pas se passer de l’Argent
- Chacun doit avoir un Métier
- Il y a des Riches et des Pauvres, c’est normal
- Chacun appartient à un Pays
- Pour apprendre, il faut aller à l’Ecole
- Il y a toujours eu des Guerres…
- Il faut avoir un Boulot pour avoir le droit de manger
- On ne va quand-même pas revenir au temps de la Bougie
- La Famille est la base de la société
- La Démocratie c’est le droit de vote
- Tout dépend de l’Economie
- La Propriété, c’est sacré
- On doit vivre selon ses Moyens
- On ne peut pas se passer d’Armée (et d’armes)
- On doit respecter les Lois de son Pays
- La Planète appartient à l’Humanité
- On ne peut pas arrêter le Progrès
- Chacun doit se Débrouiller pour nourrir ses enfants
- Il faut des Elites
- La Ruralité, c’est fini
- Le monde Paysan doit se Moderniser

J’ai fait exprès de mélanger un peu tout, c’est déjà jouer que de tirer des liens entres les éléments.

Pour participer, il suffira de lire les différents articles que j’écrirai de temps en temps, de rajouter des commentaires, et des commentaires sur les commentaires…

Bien amicalement à tous.

samedi, août 26, 2006

J'ai travaillé un petit peu...

" Pardon pour tout" dessin d.m.



Dans le " tiroir" THEATRE DE L' HOMBRE, la 6 ème Scène de " Trois p'tits Coquelicots".
Bonne lecture et bon Dimanche à "toustes".

jeudi, août 24, 2006

A mes chères visiteuses...

...et teurs.

Pour des raisons pratiques, j'ai décidé désormais de travailler directement les chapîtres de mes textes dans leur emplacement définitif. Ainsi, vous trouverez aujourd'hui, encore toute chaude, la Scène 5 de " Trois p'tits coquelicots" en ouvrant le "Tiroir" " Théâtre de l'Hombre" dans la colonne de droite.

Bien sûr, j'indiquerai sur la page d'accueil de "Hombre de Nada" l'apparition des nouveautés.

Bonne lecture à vous!

lundi, août 21, 2006

Trois p'tits coquelicots 4


dessin d.m.





Scène 4


Bûchette... Allez, sœurette, je suis toute à toi.

(Elle choisit une des lettres, dans le haut du tas et s’installe sur la couverture, assise par terre. Elle lit.)

Bûchette... Maman, ma maman. Je réponds vite à ta gentille lettre parce que je sens que tu t’inquiètes pour moi et que ça me fait de la peine. Ne t’en fais pas. Je tiens le coup même si c’est dur à certains moments. Si je ne souffrais pas de ces migraines à répétition, je pense que j’aurais plus de force pour le reste. Le Docteur m’a prescrit des analgésiques qui font effet de temps en temps. Ca m’aide à passer les moments difficiles. Ces longues heures de souffrance m’affaiblissent beaucoup et je me rends bien compte que je ne suis plus assez disponible pour aider Gildas dans ses épreuves. Qui sait s’il ne serait pas moins abattu si je pouvais le soutenir plus que je ne le fais ? Comme il doit se sentir seul, abandonné, au moment où s’effondrent les espoirs qu’il avait mis dans son travail ? Je t’ai déjà dit qu’il avait échoué à son concours pour monter en grade. Il ne s’en remet pas. Il espérait tant, grâce à cette promotion, accéder à des responsabilités plus valorisantes…Il se renferme d’avantage encore, ne supporte plus de voir personne à la maison et refuse toute invitation. Il dit que ce sont des prétextes pour se moquer de lui et pour l’humilier. Je ne vois plus personne. Robert et Henriette ne viennent plus. Gildas est persuadé que Robert lui a mis des bâtons dans les roues, par jalousie. Quand j’en ai la force, quand les vagues de céphalées s’apaisent, j’essaie de sortir Gildas de sa solitude, de le distraire. J’aimerais qu’on aille ensemble au cinéma, au spectacle, qu’on aille prendre l’air au bord du lac. Ca nous ferait du bien à tous les deux, j’en suis tellement persuadée. Mais il n’en est pas question. Il n’a pas le cœur à sortir et, dit-il, il n’aurait pas la patience de supporter ce qu’il appelle mes « jérémiades ». Alors nous restons là, dans cette maison triste où l’on n’écoute même plus de musique et où nos ombres se croisent en silence. Dimanche, il s’est monté la tête quand il a appris par le journal qu’un de ses collègues avait été décoré de la Légion d’Honneur. Je n’ai jamais vu un être se sentir blessé comme il l’a été ce jour-là. J’ai eu très peur pour lui, je n’ai rien pu faire et je me suis sentie incapable de faire quoi que ce soit pour l’aider. Il s’est rendu dans son bureau où étaient entassés tous les documents sur lesquels il avait travaillé pendant des mois pour son concours et il a tout détruit. Méthodiquement, dans une colère froide absolument impressionnante. J’ai essayé de le raisonner, de le convaincre que c’était un accident, que la prochaine fois il réussirait, que j’avais confiance en lui, rien n’y a fait. J’ai même senti dans son regard et dans sa voix qu’il m’attribuait une part de responsabilité dans son échec. Et si… L’ai-je assez encouragé, ne lui ai-je pas fait perdre du temps et de l’énergie avec ma santé qui se dégrade, n’aurais-je pas dû le dissuader de se lancer dans une aventure trop périlleuse pour lui ? Je ne sais plus que penser, j’en arrive à croire que je lui fais plus de mal que de bien. A t’il trouvé en moi une alliée ou s’est-il encombré d’un boulet qu’il traînera toute sa vie durant ? Maman, ma Maman, je suis désolée de ce que je viens d’écrire. Tu vas encore t’inquiéter. Il ne faut pas. Ca finira bien par s’arranger. Dès que le printemps sera enfin là avec ses brumisations d’odeurs fraîches qui ne manqueront pas d’envahir aussi notre maison. Je t’embrasse. Mille bisous à Amandine que j’attends avec impatience d’ici quelques semaines. Je t’aime ...Marie- Hélène.







dessin d.m.




(Bûchette remet tout doucement le disque de Piaf, danse avec la poupée en porcelaine. Elle la pose délicatement sur une des chaises, s’absente une minute dans la salle de bain et en revient habillée. Elle reprend la poupée et se remet à danser. Au bout de quelques secondes, on entend les chiens aboyer. Bûchette range précipitamment les lettres, le coffret et la poupée dans le petit meuble. On frappe à la porte. Elle disparaît côté jardin.)

"Trois p'tits coquelicots" extrait 3 Texte déposé à SACD/SCALA

dimanche, août 20, 2006

Trois p'tits coquelicots 3

dessin d.m.



Scène 3


(Dans le salon, c’est le matin. Lumière du jour. Il n’y a personne. Un disque de Piaf en musique de fond et, venant du dégagement salle de bain, côté jardin, la voix de Bûchette qui braille « Mon Légionnaire ». Du côté cour apparaît Gildas, en peignoir, qui vient de se lever. A moitié endormi, il se prend les pieds dans la couverture qui traîne par terre.)


Gildas... Elle peut pas ranger son bordel, celle-là ! Hé ! Vous avez bientôt fini sous la douche ? N’oubliez pas que le cumulus ne contient que cent litres. J’aimerais bien avoir de l’eau chaude, moi aussi. Et puis, c’est quoi, ces hurlements ? Vous n’avez plus peur qu’on vous entende ?

Bûchette... C’est bon, j’ai fini. Ferme les yeux pépère, ou tu vas te griller les rétines à mes radiations.

Gildas... Prétentieuse, va.

Bûchette ... (Apparaît en peignoir, une serviette entourée autour des cheveux.) Alors, déjà à ronchonner ? L’est tout grognon le bichou à sa mémère ? Allez, assis-toi, va, je vais t’amener ton café. Il doit en rester un fond.

Gildas ... Mademoiselle est trop bonne.

Bûchette... Ca, on me l’a souvent dit, professionnellement parlant…

Gildas... Bon, on va le savoir.

Bûchette... Au fait, j’ai l’impression que les loups sont repartis de Paris, comme dit la chanson. Les cleps de la sorcière ont rien moufté de la nuit. Encore deux ou trois jours à m’avoir dans les pattes, par précaution, et je t’abandonne à cette si pesante solitude dont se nourrit ton ennui, ton incommensurable ennui…J’ai l’âme poétique, ce matin, tu trouves pas ? Dis, Gilou, j’espère que tu vas pas jouer les carpes comme toute la journée d’hier. J’en ai marre de faire la conversation à moi toute seule. J’te demande pas un discours fleuve à la Fidel Casburnes, mais un peu d’écho à mon aimable pioupioutage, ça me réchaufferait les plumes du cœur. D’accord, mon Doudou ?

Gildas... Si ça doit m’éviter vos incessantes récriminations…De toutes façons, il faut qu’on se mette bien d’accord sur quelques points.

Bûchette... Je sens déjà que ça va partir en vrille. Enfin, vas-y, ce sera quand même mieux que « le Monde du Silence » façon bocal à poisson rouge…

Gildas... Je peux ?

Bûchette... Je suis toute ouie, en parlant de poisson rouge. Ho ! Pardon…

Gildas... Bon. Premièrement, je veux de l’eau chaude pour ma douche.

Bûchette... Celle du soir aussi ?

Gildas... Celle du soir aussi.

Bûchette... Bon, d’accord. J’me laverai plus que le bout du nez. Et la foufoune aussi, sinon j’ai des champignons…

Gildas... Je vous en prie ! Ensuite, nous sommes vendredi matin. On dit que, quoiqu’il arrive, vous partirez au plus tard dimanche soir. Lundi, je pars pour quelques jours et il n’est pas question…

Bûchette... (Chantant) Ne me quitte pas…Ne me quitte pas…Tu sais t’y où qu’on en sera, dimanche soir ? P’têt que tu m’auras déjà demandée en mariage !

Gildas... Pas d’utopie, s’il vous plaît. Gardons les pieds sur terre. Tertio : en une journée, une seule journée, vous avez épuisé mes réserves. Il n’y a plus un biscuit, plus une tablette de chocolat…

Bûchette... Là, j’suis d’accord avec toi. Faut lancer d’urgence un plan MARSHALL. Rien que de savoir qu’on risque de danser devant le buffet, j’ai les chicots qui se lyophilisent !

Gildas... Et alors, suis-je autorisé…

Bûchette... Dou dou dou dou dou ! On va dire la messe comme il faut. T’as un cabas ?

Gildas... Un Caddy, à roulettes…

Bûchette... La ménagère à roulettes ! La photo, la photo ! Bon, écoute ta Bichounette adorée, qu’y ait pas de grain de sable dans la burette à huile. On va dire les choses comme ça : on dresse une liste des courses. Jusque là, c’est mignounet, O.K. ?

Gildas... Pour la liste, je sais ce qu’il faut. Après ?

Bûchette... Ensuite, tu te saisis du garde-manger des familles et tu sors dans la rue. Moi, je tire le rideau, clic clac, personne y passe.

Gildas... Mes clés… ?

Bûchette... Tes clés, ton pognon, tes papyrus, je gère. Jusqu’à dimanche soir. Donc, t’es dehors. Y t’arrivera rien, en plein jour y z’ont les griffes dans la marmelade…Si jamais y sont encore sur le Tarmack…Enfin, tu zyeutes, l’air de rien, tu zyeutes ! Un qui te regarderait de travers, un qui se pointerait à tous tes carrefours, un qui voudrait t’interviewer pour « JEUNE & JOLIE », tu notes, t’es poli, tu passes ton chemin. Tu remplis le carrosse de plein de bonnes choses, oublie pas mes clopes…Ah non !…Pas de clopes ! Tu fumes pas, ça paraîtrait zarbi. Bon, pas de clopes, tant pis…Et tu retournes au bercail. O.K ?

Gildas... Je… je vais faire mon tour au P.M.U., comme d’habitude ?

Bûchette... Le flambeur ! Il a son truc ! C’est pas qu’une machine ! C’est’y pas chou ? Ca encourage la race chevaline ! Tu sais que tu as l’air presque vivant, toi ? (Sortant une liasse de billets de sa poitrine et tendant deux billets à Gildas.) Tiens, un peu d’avoine sur le fauve de ton choix, j’te fais confiance…

Gildas... Cet argent…D’où sortez-vous tout cet argent ?

Bûchette... Tu crois pas qu’j’me suis barrée qu’avec les couilles de l’ours en peluche, non ? J’suis une femme, malgré tout, on a ses p’tits besoins.

Gildas... Je commence à comprendre l’attachement de ces messieurs…

Bûchette... Sois pas mufle, blaireau ! Ils me coursent peut-être pour mes beaux yeux…Bon, allez, dépêche-toi de te faire belle, y me tarde que tu me racontes le temps qu’y fait dehors.

(Gildas se dirige vers la salle de bain et revient presque tout de suite.)

Gildas... Elle sera vite prise, la douche ! Il n’y a plus une goutte d’eau chaude .

Bûchette... Y doit y avoir des fuites ! Pleure pas, tu la prendras en rentrant, ça aura eu le temps de mijoter. Allez, grouille !

Gildas... Mais c’est un monde tout de même ! Minute, oui ?

(Il disparaît dans la chambre.)






dessin d.m.



Bûchette ... (Prend le portrait sur l’autel.) Patience, ma biche, dans quelques minutes on sera seules. J’suis désolée pour hier, y m’a pas lâché la grappe, comme si j’étais une voleuse de poules. Attention, le v’là !

(Elle repose le cadre à sa place. Gildas réapparaît, veston triste, casquette plate, écharpe.)

Gildas... Bon, et bien, je suis prêt…

Bûchette... (Se reculant pour le contempler.) FUUIIIIIII !!!!!!

Gildas... Des commentaires à faire ?

Bûchette... J’ai rien dit, j’ai rien dit… Et bien, à tout de suite, hein !

Gildas... Serait-ce un effet de votre bonté de me donner de quoi faire les courses ?

Bûchette ... Oh ! Bien oui, que je suis bête. Tiens, deux images saintes, ça ira ? Bon, je t’ouvre.

Gildas... Ca ira, ça ira ! C’est quand même un peu fort !

(Ils disparaissent côté jardin, Bûchette s’étant armée de son pistolet. On entend s’ouvrir et se refermer la porte à clé. Bûchette revient, dépose son arme sur la table basse et se dirige vers l’autel, force à nouveau la petite porte et ressort le coffret dont elle extrait les lettres.)

"Trois p'tits coquelicots" extrait 3 Texte déposé à SACD/SCALA

samedi, août 19, 2006

Trois p'tits coquelicots 2

dessin d.m.




Scène 2

(Gildas disparaît côté cour dans sa chambre. Bûchette balance sa couverture dans un coin de la pièce et se rassoit. Elle se verse les dernières gouttes de la bouteille et boit. Elle se saisit de la pomme et commence à la croquer. Nouvelle apparition de la voiture et des aboiements. Ca s’estompe. Bûchette se lève et se dirige vers l’autel. Elle reprend le portrait et le regarde. Elle renifle les fleurs, cherche et trouve un interrupteur qui fait s’éteindre et s’allumer plusieurs fois la bougie électrique. Elle s’accroupit devant le meuble, essaie d’ouvrir la petite porte, sans succès. Elle se relève, se dirige côté cour vers la chambre de Gildas, mesure de l’oreille l’état de sommeil de l’homme. Elle revient rassurée, sort de sa poche l’ustensile qui lui a permis de pénétrer dans l’appartement et l’introduit dans la serrure du meuble. Au bout d’un moment, elle parvient à l’ouvrir. Elle remet la fausse clé dans sa poche. Elle sort du meuble une robe de mariée, une poupée de porcelaine et un coffret. Elle ouvre le coffret et en sort une liasse de lettres entourée d’un ruban. Elle dénoue le ruban, ouvre le premier pli. Elle se met à lire la lettre.)



Bûchette ... Vendredi 13 Mars… Ma chère Maman. Cela fait cinq jours que nous sommes à Venise. Le printemps tarde à se montrer et c’est peut-être à cause de ça que tu trouveras cette lettre empreinte d’une certaine mélancolie. Pourtant, avec Gildas, tout va bien. Nous passons nos journées dehors à visiter la ville en tous sens. Quand il pleut, on prend un cappuccino à la terrasse d’un café mais ça ne dure jamais très longtemps. Les deux premiers jours, nous avons pris les fameuses gondoles. J’appréciais beaucoup cette espèce de déplacement éthéré, au rythme des chansons des gondoliers mais Gildas s’est trouvé mal à l’aise, peut-être inaccessible à ce charme, et la suite de notre visite se fait à pieds. Malgré un peu de fatigue, je trouve l’endroit envoûtant et j’y passerais bien volontiers quelques semaines. Sur la place Saint Marc, couverte d’un tapis de pigeons, je me suis sentie redevenir petite fille et, comme au square où nous allions le dimanche- t’en souviens-tu ? – je me suis mise à courir dans leur foule, les faisant s’envoler en nuées moutonnantes. Je crois même que j’ai crié…Cela n’a pas semblé amuser Gildas qui m’a invitée à plus de sagesse. Comme c’est sérieux , un fonctionnaire des Finances ! Enfin, nous passons quand même des moments que je n’oublierai jamais. Je regrette un peu que nous n’ayons rencontré personne pour échanger nos impressions. Enfin, nous sommes un tout jeune couple et il est normal, je suppose, de se concentrer sur notre intimité. On aura bien le temps de se faire des amis quand nous serons rentrés. Je t’embrasse très fort, ma chère Maman. Je t’aime. ... Marie- Hélène.
dessin d.m.


(Bûchette ouvre la deuxième lette de la pile.)

Bûchette... Lundi 9 Janvier… Maman, ma Maman. Je profite d’être enfin un peu seule pour te serrer sur mon cœur. Tu me manques tant. Je rêve souvent que tu es assise à côté de moi et que j’abandonne ma tête sur ton épaule si douce. Gildas est toujours très occupé. Comme il veut monter en grade, il passe son temps libre, et le mien, à potasser des tonnes de documents pleins de courbes, de schémas et de tableaux qu’il a du mal à assimiler. Comme je me suis ennuyée, ce week-end ! Normalement, nous devions recevoir Robert, un collègue de Gildas, et sa femme Henriette. Je les aime bien. Ils sont pleins de vie. Henriette n’arrête pas de rire et de raconter des histoires parfois un peu lestes, il faut bien le dire, mais avec tellement de naïveté et de bonheur ! Robert, lui, aime danser sur les musiques à la mode. Il y a quelques mois de ça, il m’a invitée pour un Rock ! J’ai cru être dans le grand huit ! Je ne savais plus où étaient le sol et le plafond ! Gildas, qui n’aime pas danser, m’a demandé ce soir- là de me rappeler que je n’avais plus quinze ans et qu’il n’avait pas trop envie de voir sa femme se donner en spectacle. C’est vrai que je n’ai peut-être plus l’age…De toutes façons, Dimanche, Gildas avait beaucoup de cours à réviser et il a décommandé nos amis. Nous nous sommes donc retrouvés seuls. J’en ai profité, si je puis dire, pour terminer ton écharpe . Tu la recevras très prochainement par la poste. J’aurais tant aimé te l’apporter moi-même, mais il n’en est pas question pour le moment. J’espère qu’elle te plaira. J’y ai mis tout mon cœur. Je t’aime. Embrasse ma chère sœur Amandine pour moi. Mille bisous.

(Bûchette range les lettres dans le coffret, le coffret ainsi que les autres objets dans le petit meuble et crochète la serrure pour la refermer. Bûchette étend la couverture par terre, enlève ses chaussures, s’étend sur la couverture. Au bout de quelques secondes, elle se relève, dépose un baiser sur le portrait de femme.)






dessin d.m.




Bûchette ... Bonne nuit, p’tite sœur. Au dodo, j’suis rétamée.

(Elle se recouche. Le moteur de voiture se fait réentendre, les aboiements de chiens aussi.)

Bûchette... Ils sont pas du genre qui colle, ceux-là non plus !

(Le calme revient. NOIR.)

"Trois p'tits coquelicots" extrait 2 Texte déposé à SACD/SCALA.


"...puis nous irons semer
au soleil levant
des perles de rosée
sur la terre des vivants..."

Pas touche !

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vendredi, août 18, 2006

En notre nom à NOUS !!


















dessin d.m.

500, 600 1000, 1 million, des milliards? EXPULSES !!! Expulsés de quoi? De quel droit? Paumés, oppressés, niés, abandonnés au moins -que- vivre, échus à la négation universelle, nous sommes des milliards! des milliards!! Je dis NOUS parce que je suis aussi de cette sous-humanité des interdits de plein-jour, de cette humanité qui n'a d'autre horizon que de raser les murs et se confondre, tels des caméléons, à l'opportunisme d'une espèce antropophage.
Votre monde appartient aux marchands. Depuis des siècle, mais aujourd'hui plus que jamais, le monde est livré, pieds et poings liés, à la rapacité des marchands. Il n'est pas un enfant d'un jour qui ne soit optimisé dans les filets et prévisions mercantils de cette engeance. Vous croyez mettre au monde un petit être innocent, il est déjà,depuis des mois, l'objet des attentions pédophages des activistes de la marchandisation mondiale. Vous pouvez toujours rigoler: tout acte que vous pensez naturel, instinctif, envers votre petit trésor, ne trouvera de solution que dans un ACTE D'ACHAT !! De sa naissance à sa mort !!! Ils détiennent tout !!!
Oh, bien sûr, les pauvres, même les plus au fond du trou, ça finit quand-même par avoir des besoins, par les satisfaire en trouvant trois sous pour ça, et certains margoulins exploitent le filon en vendant à bouffer de la merde aux infortunés. Mais, à un moment, il faut montrer au troupeau les limites du pré !!! Lui exprimer clairement , non pas qu'il s'inscrit dans une stratification sociale (ce qui est déjà indéfendable) mais qu'on pourrait très bien se passer de son existance, que son "Humanitude" n'est pas un argument essentiel à asseoir un soit-disant droit de vivre et encore moins à le revendiquer. Homme, tu ne mangeras pas parceque tu es un Homme mais parceque ton marchand doit jouir de la vie et que tu as les moyens de l'y aider !!!
Il faut rassurer les marchands, les consommateurs passifs, les jouisseurs intégrés et les cocoonisés de toute sorte: ne craignez rien, la barbarie affamée, livide et dépourvue des papiers qui prouvent son droit à l'existance est sous contrôle !!!
Allez !!! Hop !!! Foutez-moi tout ca à la porte !!!

A la porte de quoi? Qui osera le dire?

jeudi, août 17, 2006

Trois p'tits coquelicots























dessin d.m.


Scène 1


( C’est la nuit. On entend courir dehors . Des chiens se mettent à aboyer. Une voiture passe au ralenti et s’éloigne. A nouveau des pas précipités puis le bruit d’une serrure qu’on crochète. Une porte qui se referme. On entend haleter à l’entrée jardin du salon.
A l’extérieur, les chiens finissent par se taire.
Une silhouette pénètre prudemment dans la pièce côté jardin. Salon très sobre avec : une table basse, deux chaises, une espèce d’autel où sont disposés un portrait de femme dans un cadre noir, un vase contenant un bouquet de fleurs et un faux cierge électrique qui dispense la seule clarté de l’endroit.
La silhouette s’habitue au peu de lumière puis se laisse choir sur une chaise. La respiration redevient normale. Soudain, une vive lumière s’éclaire tandis qu’un homme en robe de chambre surgit par l’entrée cour du salon.)
























dessin d.m.

Gildas ...Et bien, ça va ? Faut pas se gêner !

Bûchette... (se lève précipitamment, se jette sur Gildas tout en chuchotant violemment)
La lumière, connard !

Gildas... Hé, là, Ho ! ...

Bûchette.... La lumière, que j’te dis. Et ta gueule, t’as compris, ta gueule !

(La lumière s’éteint)

Gildas... Lâchez-moi, vous me faites mal.

Bûchette... O.K, pépère, j’vais te lâcher, mais un mot trop fort, un cri, un appel, j’te butte. Compris ?

Gildas... Vous, vous êtes armée ?

Bûchette... (exhibant un pistolet) Et ça, c’est du nougat ? Allez, va t’asseoir sagement et silence, hein, silence.

(Gildas s’asseoit sur une chaise, Bûchette sur la table basse)

Bûchette... T’as des clopes ?

Gildas... (A voix haute) Des quoi ?

Bûchette... A voix basse, putain de merde ! Tu cherches un pruneau ou quoi ? J’te demandais si tu avais des cigarettes.

Gildas... Non. Je ne fume pas, désolé.

Bûchette... Désolé ! P’tit bonhomme va !

Gildas ...Je ne suis pas votre…

(A ce moment-là, se fait entendre à nouveau le ronronnement d’une voiture qui roule au ralenti. On entend aussi les chiens qui se remettent à aboyer).

Bûchette... (Pointant son arme sur Gildas) Chut !

(Situation figée jusqu’à ce que le véhicule ait disparu et que les chiens se soient calmés.)

Bûchette... Ils lâcheront pas le morceau, les affreux. Dis, pépère…

Gildas... Je ne vous permets pas…

Bûchette... Bon. C’est quoi, ton nom ?

Gildas ... Je suis Monsieur Rebillard.

Bûchette... Tu veux pas que j’te donne du Monsieur, quand même, non ? Rebillard comment ?

Gildas... Gildas.

Bûchette.... Gildas. Pas mal. Bon ; pépère Gildas, il est grand comment, ton appartement ?

Gildas... Qu’est-ce que…

Bûchette... Réponds, Gilou.

Gildas... Gilou ! (Elle le menace) Bon, y’a que deux pièces, ce salon, ma chambre et la cuisine. Pourquoi ?

Bûchette... Deux pièces, ça fait une pièce chacun. C’est parfait, je m’invite !

Gildas... Pardon ?

Bûchette... Ecoute moi bien, Môssieur Gildas. Les cannibales, là dehors, y m’ont perdue dans le quartier. Ils savent bien que je suis dans une de ces maisons. Ils vont tournicoter toute la nuit, plusieurs jours s’il le faut. Si je mets le nez dehors, il va pleuvoir du plomb, bien serré. Et pour ça, j’suis un peu jeune, j’ai d’autres plans de carrière, tu vois.
Alors, comme t’es un gentil pépère tout seul… Au fait, t’es seul ici ?

Gildas... Ca ne vous regarde pas.

Bûchette... Réponds !

Gildas... Je suis seul.

Bûchette... J’veux en être sûre. Montre moi. Allez, debout. Fais moi visiter ton petit Versailles. Et pas d’entourloupe, hein !

(Ils se dirigent côté cour vers la chambre, y pénètrent, réapparaissent.)


Bûchette... Ben dis donc, ça incite pas à la galipette.

Gildas... Je vous en prie…

Bûchette... La cuisine, maintenant.

Gildas... C’est par là. La salle de bain aussi. (Ils se dirigent vers la sortie jardin)

Bûchette... (Derrière le décor) C’est propre, pour un homme seul. T’as une boniche ?

Gildas... (Derrière le décor) Non, c’est moi qui…

Bûchette... Félicitations ! Allez, on retourne au salon.

(Ils réapparaissent)


Bûchette ... Tu peux t’asseoir.

Gildas... Merci.

Bûchette ... Je disais donc, comme t’es un gentil pépère tout seul et que tu t’ennuies un peu…

Gildas... Je ne m’ennuie pas du tout !

Bûchette... Chut ! Et comme tu t’ennuies beaucoup, tu vas inviter ta nouvelle copine à passer quelques jours avec toi, le temps que l’orage s’éloigne.

Gildas... Mais je refuse, je ne vous connais pas !

Bûchette... Plus bas, bordel !

Gildas... Vous débarquez ici, armée et menaçante….

Bûchette... Oh ! Si peu…

Gildas... Vous êtes recherchée par je ne sais qui, des gangsters, peut-être la police…

Bûchette... J’te jure que c’est pas les argouses

Gildas... C’est donc par des malfrats. Merci du cadeau ! S’ils vous trouvent chez moi, ils vont me féliciter, peut-être ! Vous êtes folle ou quoi ? J’ai pas envie d’être mêlé à vos histoires, moi. Je ne vous connais pas, vous n’avez rien à faire chez moi. Ca y est, ils sont partis, maintenant, fichez le camp, laissez-moi tranquille…

Bûchette... C’est tout ?

Gildas... Comment ça, c’est tout ? C’est un peu fort, tout de même !

Bûchette... Silence, nom de Dieu !

(Les chiens se remettent à aboyer, la voiture repasse)


Gildas... (Il se lève, se dirige vers la sortie jardin) J’vais leur dire, que vous êtes là…

Bûchette ... (Saute sur Gildas, lui colle son arme sur la tempe) Chiche ?

(On n’entend plus la voiture, les chiens se taisent, Bûchette relâche Gildas, lui balance une baffe.)


Bûchette... Refais jamais ça, triple con, refais jamais ça . Pourquoi t’as fait ça ? Tu voulais me donner ?

Gildas... Je voulais… Je voulais effacer un mauvais rêve. Remettre les choses en ordre ! Je dormais, tranquille, et vous arrivez, et vous me menacez…

Bûchette... Encore !

Gildas... J’ai rien demandé à personne. Je vis dans mon coin, tranquille, tout seul, je fais pas de bruit, j’emmerde personne, je parle à personne, je fréquente personne, ni les gentils, ni les pas-gentils, je suis en règle avec tout le monde, les commerçants, les impôts, les organismes, tout ! Vous entendez, je suis bien avec tout le monde ! Je veux qu’on me foute la paix ! Qu’on me laisse tranquille. Tranquille.
Soyez gentille, je dirai rien à personne, partez, laissez-moi. Je dirai rien à personne, promis

Bûchette... Mets les pouces, petit père, ça sert à rien de flipper. Tu sais quoi ? J’ai la dalle ! Il aurait pas des noisettes en stock, le petit écureuil ?

Gildas... Vous…Vous voulez manger ? Vous avez faim ?

Bûchette... Comme on dit, les émotions…

Gildas... Ca creuse. Dans la cuisine, allez-y, servez-vous, il y a tout ce qu’il faut.

Bûchette... Gracias. Mais avant tout, une petite formalité. Pour éviter les dérapages, pour pas prendre le risque de sortir des clous…T’as que ce téléphone ?

Gildas... Ben oui, pourquoi ?

Bûchette... (Elle débranche l’appareil autour duquel elle entoure le câble) Pas de portable ?

Gildas... Pourquoi faire ?

Bûchette... Vrai ?

Gildas... Vrai .

Bûchette... Tes clés !

Gildas... Quoi, mes clés ?

Bûchette... Donne.

Gildas... Mais enfin…

Bûchette ...Donne.

Gildas ...Au clou, à côté de la porte.

Bûchette... Bouge pas . (Elle prend la sortie jardin et revient illico un trousseau à la main) Et les sœurs jumelles ?

Gildas... Les quoi ?

Bûchette... Le deuxième trousseau !

Gildas... (Se lève, soulève le vase de fleurs sur l’autel et tend à Bûchette le trousseau de clés qui s’y trouvait) Pourquoi, tout ça ?

Bûchette... Ne nous soumets pas à la tentation…Amen…Gilou ?

Gildas... Hum ?

Bûchette... Ton croco.

Gildas... Merde, à la fin.

Bûchette... Tsss, Tsss,Tsss. Passe moi la bête.

Gildas... Dans mon veston, dans la chambre.

Bûchette... T’as vingt secondes chrono.

(Gildas se lève et pénètre dans la chambre côté cour)

Bûchette... Oublie pas le mille feuilles et la ferraille, si t’as ça en rayon !

Gildas... Vous pouvez pas parler français, à la fin ? Qu’est-ce que vous voulez encore ?

Bûchette... Tes économies, même la monnaie, s’il te plait !

Gildas... (Revient et tend son portefeuille à Bûchette.) Tout est là-dedans.

Bûchette... Retourne tes poches. (Gildas s’exécute.) Bon, sois chou. Va nous préparer un petit pique-nique. J’pleure pas sur le rouquin, tu sais.

Gildas... (Disparaît dans la cuisine.) Ce sera tout pour votre service ?























dessin d.m.


(Pendant ce temps, Bûchette fouille le portefeuille, en sort deux ou trois billets de cent francs, une carte d’identité, un permis, une photo.)

Bûchette... Pas de quoi faire des folies, hein ? Dis, c’est ta cop’s ?

Gildas... (Dans la coulisse) Quoi ?

Bûchette... Sur la photo, là.

Gildas... (Déboule comme un diable de la cuisine, se saisit de la photo et repart.) Rendez-moi ça, personne n’a le droit…

Bûchette... Hou la la ! garde la, ta meuf…Dis, Gilou, c’est la même qu’à côté de la bougie ?

Gildas... (Dans la cuisine.) Oui, oui, oui. Vous n’y touchez pas, hein ?

Bûchette... Craché ! Juste avec les yeux. (Elle prend délicatement le cadre, regarde longuement la photo et la replace sur l’autel.) Putain, elle a la classe !

Gildas... (Revient de la cuisine avec un plateau contenant une boite de fromage, quelques tranches de pain de mie, une bouteille de rouge entamée, un verre, une pomme.) Madame est servie.

Bûchette... Il a de beaux yeux, ton calendos. (Elle attaque le fromage, se sert un verre de vin.)
Dis, p’tit père…

Gildas... Quoi ?

Bûchette... C’était ta légitime ?

Gildas... Ca ne vous regarde pas.

(Il se lève, tourne le portrait de femme côté mur. A ce moment, nouveau passage de la voiture au ralenti, hurlements des chiens.)

Bûchette... (Se saisissant de son arme.) Chut ! Arrêt sur image.

Gildas... Ca va, ça va.

Bûchette... Chut !

(Tout redevient calme.)

Gildas... Ils sont persévérants. C’est qui ?

Bûchette... Des amis.

Gildas... Des amis…qui vous veulent du bien ?

Bûchette ...Disons que je leur suis très, très chère !

(Elle se ressert un bout de fromage, un verre de rouge.) T’en veux ?

Gildas... Pas faim. J’ai pas l’habitude de manger en pleine nuit.

Bûchette... Y’a pas que les habitudes, dans la vie. Y’a les jours de fête.

Gildas... Et on fête quoi, aujourd’hui ?

Bûchette... La Sainte Vadrouille, mon gros père ! L’oiseau s’est barré de sa cage ! Ca vaut bien de claquer les verres, non ?

Gildas... Vous voulez dire que vous étiez prisonnière ? De qui ? Pourquoi ?

Bûchette... (Tournant son derrière vers Gildas.) Zieute-le bien, celui-là, mon gros loup. C’est de l’or en barre. Et quand on investit dans la pierre, on prend toutes les assurances. De là à tout bien barricader à triple tour, y’a qu’un pas. Faut comprendre…
Seulement, le zoiseau, il a eu un peu envie de se dégourdir les plumes, d’aller taquiner l’asticot en pleine nature. Et me voilà ! Pourchassée par les gros matous en colère ! Mais t’inquiète pas, j’vais finir par trouver mon courant d’air.

Gildas... Permettez-moi de vous dire que le plus tôt sera le mieux, sans vouloir vous vexer…

Bûchette... Hou ! La vilaine scie égoïne ! Mais c’est qu’il vous foutrait à la baille sans bouée, l’affreux ! Hé ! Tu vas arrêter de montrer les dents, oui ?

Gildas... Hé ! Ca va, ça va !Ca va…J’ai tout de même le droit de dire ce que je pense. Je suis chez moi.

Bûchette... Gentiment.

Gildas... Gentiment, gentiment… J’voudrais vous y voir, vous. Qu’est-ce qui me forcerait à héberger une… une…

Bûchette... Une pute.

Gildas... J’ai pas dit ça. Qu’est-ce qui me forcerait à héberger une prostituée chez moi, quitte à passer p...our un proxénète ?

Bûchette... (Lui montrant l’arme.) Ca, cher Monsieur, et ta bonne éducation. Allez, fais pas le méchant. T’aurais jamais le cœur de larguer une fragile bulle de savon dans la tempête.

Gildas... Qu’est-ce que vous en savez ? Comment pouvez-vous savoir ce qu’il y a à l’intérieur ?

Bûchette... Mon bon vieux ! Y’a qu’à te regarder, avec tes yeux de chien battu, ta p’tite maison bien propre, ton p’tit mur des lamentations, son pot de fleurs, sa bougie, ses regrets éternels…

Gildas... Ca, ça n’a rien à voir. C’est un autre monde, vous ne pouvez pas comprendre. N’y touchez pas…

Bûchette... Faut jamais me dire de ne pas toucher à quelque chose. Ca m’excite, ça m’inspire, je fantasme. Chut !

























dessin d.m.


(Moteur de voiture, aboiements.)

Bûchette... (A voix très basse) Y zont de la suite dans les idées. Tu sais, elle est très belle.

Gildas... Qui ça ?

Bûchette... (Désignant la photo dans le cadre) Elle.

Gildas... Je sais. Taisez-vous. Vous oubliez qu’il faut faire silence ?

Bûchette ... Chuchoter, c’est un peu du vol, un p’tit jeu interdit, un petit ruisseau de montagne…

Gildas... Vous êtes folle.

Bûchette... Je sais.

(Le silence extérieur revient.)

Gildas... Vous ne savez pas ce que vous voulez, vous. Un coup il faut faire le silence et la fois d’après, en pleine alerte, vous n’arrêtez pas de parler…

Bûchette... Je parlais pas, Gilou, je parlais pas, c’est mon cœur qui battait. Tu me sers un coup de rouge ?

Gildas... Servez-vous.

Bûchette... C’est toi l’homme, p’tit père, sois galant.

Gildas... (La servant.) C’est ça, soyons galant. A la bonne votre…

Bûchette... Dis, Minet…

Gildas... Quoi encore ?

Bûchette... Tu voudrais pas la retourner vers nous ? Ca me fait de la peine pour elle.

Gildas... Oubliez-la, s’il vous plaît. Je vous ai déjà dit que ça ne vous regardait pas. Laissez-la en paix. Il... vaut mieux qu’elle ne voit pas ce qui se passe ici cette nuit.

Bûchette... Gildas…

Gildas... Quoi ?

Bûchette... Tu me fatigues. Tu veux pas aller dormir ?

Gildas... Je ne demande que ça, moi, de retrouver mon sommeil d’où vous m’avez arraché à votre arrivée. Et vous, qu’est-ce que vous faites ? Vous persistez à rester ?

Bûchette... Bien sûr, je reste. Donne moi une couvrante, je dormirai par terre, si j’y arrive.

Gildas... Mes papiers, mon argent, mes clés…

Bûchette... On verra ça demain. T’en a pas besoin pour faire ton gros dodo ? Oublie pas la couverture.

(Gildas disparaît côté cour et revient avec une couverture.)

Gildas... C’est tout ce que j’ai…

Bûchette... On fera avec. Merci quand même. Bonne nuit, gros Nounours.

Gildas... C’est ça, bonne nuit. Au fait, c’est quoi, votre prénom ?

Bûchette... On m’appelle Bûchette, dans l’bastringue.

Gildas ...Bûchette ! C’est pas un prénom. Pourquoi on vous appelle comme ça ?

Bûchette... Paraît qu’y en a pas deux comme moi, pour les tailler, les « bûchettes » !

"Trois p'tits coquelicots" extrait 1 texte déposé à SACD/SCALA

mardi, août 15, 2006

Elle...











Elle, la timide, la douce, la poétesse…



La lune s’éveille, roussâtre,
loin, derrière les buissons noirs,
molle et chaude
de lourd sommeil.

Se chuchotant des listes de noms
dès lors perdus,
fraternisant,
s’encourageant l’un l’autre en
remâchant sourdement
d’épaisses menaces,
la piétaille glaiseuse, hérissée
de piques grasses, projetant
par instants les éclairs
de ses lames encore chaudes
abandonne la flaque glauque,
fuyant comme cloportes
le feu qui s’allume
à la braise nocturne.






 

Le silence s’est fait,
pas un insecte
pas un rongeur
pas une âme.


Rien ne bouge plus
que le disque blanc
qui glisse lentement
à son zénith


Et se fige

Et pleure ses larmes
de glace.


Elle,
la timide, la douce, la poétesse,
la curieuse, la danseuse,
l’assoiffée des braises tièdes
et des chants de la nuit
a plongé son appel
dans les yeux grand-ouverts
de la mère et l’enfant.


Quelle brûlure de froid
dans ces yeux vides,
quelle morsure glacée
dans ces cœurs arrachés.









Rien ne réchauffera
plus jamais ces deux-là,
ni leurs membres écartelés
ni leurs bouches agrandies
en un sourire macabre
ni leurs ventres ouverts
qui se donnent
à manger à la terre
ni leur sang jeune et chaud
mélangé à jamais
aux atomes de glaise
dans cette alchimie fétide
de la vie, de la mort.

On la croirait vivante,
scintillante du bonheur d’être nôtre,


Elle frissonne
elle grelotte,
elle claque des dents
et d’horreur
et de froid.










Depuis des temps et des temps que,
chien fidèle, elle s’attache
à nos pas, qu’elle efface, généreuse,
nos cauchemars d’enfants
perdus
de ses caresses tièdes,


Une fois, une seule fois,
a t-elle effleuré nos tristes
horizons d’hommes
sans qu’on lui jette au visage
quelque goutte de sang,
sans qu’on trouble son errance
des volutes cramoisies
d’un bûcher ?










Si l’on pouvait

Une nuit, une seule nuit
de paix,
de calme,
sans flammes
sans couteaux,


Juste pour le repos
de ceux qui déjà sont passés,
juste pour nourrir l’espérance
des enfants qui arrivent,
chauds, vivants,
sous son regard
de chien fidèle


Et triste…




Texte déposé à SACD/SCALA
Illustrations de l'auteur.




 

samedi, août 12, 2006

Quand on a pas de tête...

Savez vous quoi? Je viens de revisiter tout mon travail de ces derniers jours et bien sûr, j'ai trouvé une perle, une grosse! J'ai tout simplement sauter toute la fin du premier chapître de SILICIUM. Alors je l'ai rajoutée. Si ça vous dit, ça commence après la dernière illustration et ça tire gentiment jusqu'au bout de la page du jour.
A bientôt pour du théâtre.

vendredi, août 11, 2006

SILICIUM 8

encre d.m.

chapître 6 Elle (3)

La douleur fut vive, insupportable. Une grouillitude de scorpions d’acier bleu lui vrillèrent leurs dards incandescents dans cette chair pétrifiée et pourtant si sensible aux morsures de la vie. Il se recula vivement, le corps déjà presque entièrement enfoui dans la chaux. L’oasis s’était recroquevillée, ses vapeurs humides dissimulées au cœur de quelques ronciers hérissés de choses pointues. Et par des ondes nerveuses, grinçantes, qui ne réclamaient pas de réponses, lançait à l’homme effondré qui l’avait égratignée de sa main râpeuse, des mises au point définitives et mortifères :

- « Pas ça, pas avec toi, jamais avec toi. Ma chair, mon âme sont couturées de cicatrices saignantes encore. Mes racines carbonisées apprennent à ne plus rechercher que l’eau raréfiée des sources souterraines. Moi aussi je souffre, plus que toi, sans doute, de me retrouver au fond sec du monde. Je viens de si loin, j’ai tellement joui de cette vague qui m’a tant donné et qui m’a fait si mal. Ce n’est pas la vie que j’attends de toi. Sais-tu seulement ce que c’est, la vie ? J’attends de toi de la consolation fraternelle, un compagnonnage de reconstruction, que tu sois un amical tisserand de notre verbalité, un conteur d’histoires, débonnaire, un nounours empaillé et fidèle. Je compte sur toi pour remplir de vrombissement assourdissant le temps que je passe à m’interdire de vivre la vraie vie, la vraie, celle qui brûle tout sur son passage, pas ta vie de jardinier, de poète triste. »

Démoli, vidé, fracassé, l’homme de sable reprit lentement, très lentement, sa reptation solitaire. Au fur et à mesure de son éloignement, il sentait se détricoter les mailles des mots communs, les ramifications fraternelles se scindaient en vocabulaires distincts, les échos réciproques s’estrangisaient, ne se comprenaient plus. Il rampait, rampait dans la chaux et, exténué de douleur, finit par se ramasser, crispé à l’abris de son écaillation millénaire, en implorant l’implosion libératoire.




encre d.m.

Il reprit conscience sous un soleil battant. L’amertume de son sort inonda de suite son esprit. Le rejet, à tout jamais, à la sablitude, désespérante sablitude. Le don entier de lui qu’on avait refusé. Et cette ritournelle qui lui venait, qui s’enkystait dans son cœur, qu’il croyait avoir entendue des palmes même de l’oasis mais qu’il avait dû inventer, sûrement :

« C’est à la ronce hérissée et cinglante
que gémit et s’enchante
le vent fou,
pas au tapis endormi
de l’herbe molle et fade,
pas à l’arrondi fuyant
du galet trop poli,
squelette presque dissout
à l’usure du temps
des mondes morts.

Je ne veux pas mourir,
je veux gémir et chanter
et m’enchanter encore,
je ne veux pas mourir
au catafalque
de ton amour morne… »


encre d.m.

Avant de repartir, s’abandonnant enfin et pour toujours à son destin de sable brûlant, il se retourna pour respirer une dernière fois les odeurs tièdes de l’oasis. C’est alors que là-bas, à l’horizon, derrière ce bout de terre qu’il avait tant aimé, il crut sentir l’approche, dans le désert poudroyant, d’un groupe de cavaliers sauvages, sanglants, exhibant aux flancs de leurs montures, des têtes d’enfants fraîchement coupées. Il crut entendre le glougloutement de la source se grimer soudain en mugissements de cataractes propres à dessoifer tous les pirates de la terre. Crut-il percevoir ? Crut-il entendre ? Son cerveau devait avoir fondu à la fission de son dernier espoir.


Alors, le découragement l’emporta…


encre d.m.

chapître 7 Alors...

Alors, le découragement l’emporta, il détourna son regard de pierre du côté du désert. Une énorme dune s’était élevée devant lui, frémissante d’un bouillonnement de fournaise. Il comprit que le temps était venu, qu’il n’y aurait plus jamais d’oasis. Il ferma ses yeux d’agate, brûlés des rayonnements de la lave poudreuse, une espèce de goutte de saumure s’échappa du coin aride de son œil, creusa un sillon d’acide sur sa face craquelée. Personne n’aurait pu dire où, en lui, la fatigue de vivre « ça » avait su trouver une molécule d’humidité. Depuis le temps qu’il séchait !
De la même rage qu’il avait mise à surnager, il ouvrit la bouche, le plus grand qu’il put, malgré la douleur des gerçures qui se déchiraient, s’enfonça la face dans le sable incandescent et aspira la mort à grandes gorgées. La montagne de feu en poudre se déversa sur lui, en lui.

Il ne reste rien de l’homme silicium. Il n’est plus que sable au sable du désert. Apaisé enfin.

D’ailleurs, a t’il jamais existé ?

"Silicium" extrait 8 et FIN texte déposé à SACD/SCALA


jeudi, août 10, 2006

SILICIUM 7


chapître 6 Elle (2)

Une graine de vie. Plus qu’une graine de vie, une graine de farouche envie de vivre. Prisonnière, oubliée au cœur inerte de la banquise. Ecrasée sous des tonnes et des tonnes de mort glacée. Cette obscurité de tombeau sous des latitudes ignorées du soleil. Cette révoltante inertie de choses. Et cette conscience d’être porteuse d’un potentiel infini de bouillonnements vitaux, de germinations généreuses, de floraisons provocantes, de fruitaisons nourricières, d’essaimages fraternisateurs, cette soif de voir, de peser, d’admirer, de goûter, de toucher, de humer, de croquer, de modeler, de se mélanger, de griffer, de s’immiscer, de mordre, de pétrir, d’être tout cela aussi, jusqu’à plus soif, jusqu’à plus faim, à satiété de tous les sens connus et inconnus.
Et c’est, au creuset d’un cœur de graine entravée, l’énorme pression des désirs, des besoins, des fantasmes, des appétits, qui fusionne en une force incontrôlable de pulsion de libération, de liberté folle. Et c’est la banquise qui se craquelle sous l’effort, et c’est la graine qui se faufile, qui s’enfuit et qui se jette, à corps perdu, dans le grouillement de la vague, de la fameuse vague.
Cette lame furieuse, balayant les mondes, cette lame de dévorations, d’ingurgitations, de digestions ininterrompues, de termitisation des corps et des âmes, de phagocytations de masse, d’auto-rognation, d’entre-déchirations, cette lame qu’il avait, lui, écœuré à force d’inaptitude aux phénomènes vitaux, de fadeur, d’in-agressivité, de lâcheté, d’inadaptation dans la lutte pour la survie, cette lame de fond, elle, la graine avide de vie, de sur-vie, d’extra-vie, d’éxo-vie, elle s’y était vautrée, ouverte de tous les pores de sa peau, de toutes ses ouvertures de graine affamée, s’était rassasiée à tous les festins, abreuvée à toutes les sources vitaminées, à tous les fruits, tous les miellats, les hydromels. Aiguillonnée par cette soif de vie, jusque-là retenue, elle s’abandonnait aux rythmes barbares qui scandaient les expéditions ravageuses, les cérémonies mutilatrices, les festins anthropophagiques.



La graine de vie prometteuse s’était envergurée, avait explosé, n’avait plus de limites dans ses envies ; du coup, ce qu’elle croyait trouver dans l’épaisseur du monde lui paraissait fade tant son appétit et ses fantasmes s’étaient densifiés sous la pression des glaces.
Et c’est là que des espadons, au rostre enduit de la poudre d’argent, l’abordent et la cajolent, la lutinent, la pénètrent, la pourfendent en large en long et en travers, et c’est là que les rêves se perdent en démesure, c’est là que des poissons se griment en titans, qu’un sourire prend des airs d’orgie, qu’un accord mal enroulé dans le vide d’une caverne revendique l’étiquette de symphonie génialissime sinon mozardentesque, qu’une épaule tatouée vous pose un conquérant, une cicatrice mal couturée un bon dieu de guerrier. La graine d’oasis a besoin de plus que vie, d’éclatade de vie, de lasérisation de vie, de surdimentiation de vie, de cramisation de vie, de dévoration de vie, d’illusio-rama de vie, de cinémascopisation de vie. Et la poudre d’argent œuvre dans la naissante oasis, qui forme ses racines et ses arborescences à l’apport de cette miraculeuse chimie, qui dessine ses plans de vie aux arabesques mystérieuses des ivresses induites, qui confie son destin aux gesticulations d’épouvantails donquichotesques.
Et alors, cette vie issue d’une graine gorgée de promesses de vivification universelle, de déploiement ombellifère, de compréhension et de malaxage des rythmes et des langages, se consume, se dessèche, se carbonise, se ratatine, et les racines qu’elle lance au fond de l’océan, négligeant les sources vives et les nappes phréatiques, ne visent plus qu’à s’immiscer entre deux strates de calcaire à la recherche d’un indispensable filon de poudre d’argent.
Les espadons, toujours avides de moellosités désemparées, de tiède repos extorqué, d’admiration hypnotique, s’invitent au lit de leur victime désarmée, la perforent sans vergogne, répandant leur semence louchie et la récompensent d’une pincée d’illusions.
Certains disparaissent au détour d’une eau trouble, certains se lassent de ce bout de vie qui ne se contente jamais des riens qu’on lui concède, d’autres se font rares, qui s’éparpillent dans la multitude de leur cheptel de fantômes.


Voilà ce que l’homme de sable a cru comprendre de l’histoire de l’oasis. Elaborée à travers juste quelques mots, quelques confidences. Quand l’oasis a t-elle quitté la vague ? L’a t-elle vraiment quittée ? Est-ce la vague qui l’a recrachée, comme ce fut son cas il y a si longtemps ?
En tout cas, l’homme de sable sent que l’oasis est une vraie oasis, arborisée, ombragée, abritant au creux de deux pierres moussues un gargouillement d’eau fraîche et surtout, laissant se propager, du cœur enfoui de son élan vital, des ondes de paix, d’appel au partage, à la fraternité. Il sait que l’oasis ne tend plus ses racines à la recherche furieuse de la poudre d’argent, qu’elle tire sa force des rayons du soleil, du serpent d’eau qui court au fond du monde pour surgir en éruptions vertes en de rares lieux bénis du désert, qu’elle la tire des vents chargés de mythes oubliés et des errances d’aujourd’hui, qu’elle la tire surtout de ces échanges chaleureux de vibrations et de signes gravés sur la peau du sable, de ces va et vient d’échos complices.
Côte à côte, l’oasis frissonnant au léger tourbillon d’un vent frais et l’homme de sable étendu sur la chaux vive, un peu calmée à cette heure tardive, s’abandonnent en silence au rite du coucher du soleil. Ils sentent tous deux que le monde se nappe d’un violet calme et reposant.

L’homme calcifié ouvre ses écailles à la douceur nocturne de l’air. Une odeur de sable humide réveille en lui une soif accumulée depuis si longtemps. Avec quel bonheur il boirait à la source vive, comme il adoucirait volontiers son corps d’écailles sèches à la soyance des ombres vaporeuses qui le frôlent presque.
L’oasis et lui, n’ont-ils pas tissé des langages communs, n’ont-ils pas livré aux vents vagabonds des rires et des complaintes chargés de germes fous, n’ont-ils pas ressenti au sein de leur chair les mêmes battements d’ailes de papillons attirés par l’hospitalité de leurs arborescences verbales ?
Lui qui avait su, en des temps de foi utopique, aider à la germination de terres nourricières, lui qui, par son amour et sa sueur, avait aidé des arbres à grimper jusqu’au ciel, lourds de fruits d’or et de sucre, bruissant d’essaims laborieux et gourmands, lui qui avait offert sans compter sa force, sa patience, sa volonté à des terres qui ne demandaient qu’à déborder de moissons pléthoriques, lui, vaincu par les ravages des tempêtes, désespéré par la sauvagerie, la barbarie des gens de sa race, lui qui, au spectacle écœurant de la surface du monde, s’était enfin dissimulé, pétrifié dans l’océan de chaux vive à attendre et implorer une fin qui ne venait jamais, lui, étendu à quelques pas des fraîches vapeurs cotonneuses de l’oasis, eut des visions de souffles emmêlés, de tiédeurs irradiantes, de murmures complices, de fusions alchimiques, d’abandons haletants, de gerbes de mots, de vers s’éparpillant, légers, en flocons de vie positive pour des pollinisations universelles.
Et d’un geste qui se voulait invitation à ces partages-là, à ces œuvres communes, dans l’assouvissement des corps et des fulgurances de l’âme, il étendit la main à l’humus frais de l’oasis.

"Silicium" extrait 7 texte déposé à SACD/SCALA